
A l’ère du soupçon, de l’anti-science et des fake news, la vulgarisation scientifique est devenue une urgence démocratique. Comment retisser des liens fiables et durables entre sciences et citoyens ? Communiquer efficacement sans transiger sur la rigueur ? Avec l’aide de quels outils ? Pour toucher qui et comment ? Le grand public, les décideurs, les abonnés des réseaux sociaux… ?
Petit tour d’horizon aux côtés de passeuses et de passeurs de savoirs qui, la passion chevillée au corps, visent la clarté, la précision et la créativité.
« Aujourd’hui, lance Anouk Bouckaert, responsable communication à IHECS Academy, les contenus numériques explosent. Les formes de médiation se fragmentent. Les bruits se répandent. Pour capter l’attention du public, il s’agit plus que jamais d’avoir une approche agile et adaptée ». Le ton de la journée est donné : soutenu par Innoviris, le laboratoire des nouvelles pratiques de vulgarisation scientifique – qui s’est tenu fin septembre dans les nouveaux locaux de l’Institut des Hautes Études des Communications Sociales, Boulevard Reyers –, est placé sous le signe des innovations et de la créativité.
Hackathon, focus méthodologique, tables de discussion… Une centaine de professionnels, d’étudiants et de curieux vont parler « stratégie », « expérimentation » et « productions impactantes ». Avec ce constat général posé par Alexandre Fréderick, le directeur du centre de formation continue, investi dans le domaine depuis 2022 via un certificat, des modules spécialisés et une série podcast : « Aujourd’hui, la vulgarisation ne se joue plus uniquement dans les livres, les conférences ou les articles spécialisés. Elle s’invite désormais dans les formats courts, les vidéos face caméra, les reels ultra rythmés. TikTok, Instagram ou YouTube Shorts sont devenus des terrains d’expression privilégiés pour transmettre des savoirs, mais aussi pour les diluer. Dans cette jungle de contenus, vulgariser, c’est faire passer un message complexe en quelques secondes, sans trahir le fond. Tout en captant l’attention d’un public qui scrolle à toute vitesse », relève t-il.
L’un des fils rouges de ce hackathon était de confronter concrètement les participant·es à leur public à travers des formats simples, rapides à produire et ancrés dans les contraintes réelles des métiers de la recherche, de la médiation ou de la communication. Notamment au travers d’exercices de vidéos courtes de vulgarisation, pensées pour être à la fois accessibles, rigoureuses et efficaces. Au-delà des contenus et des formats, la journée a également mis en évidence un besoin fort de mise en réseau. Chercheurs, communicants, médiateurs, institutions culturelles, universités et associations ont répondu nombreux, exprimant une envie partagée de se rencontrer, d’échanger leurs pratiques et de ne plus travailler en silos face à des enjeux pourtant communs.
Dans une société mondialisée, fragmentée et hyperconnectée où le digital a pris une place considérable, la vulgarisation scientifique est confrontée à une série de défis d’envergure. Transmettre des avancées et des découvertes scientifiques. Lutter contre la désinformation et démystifier les fake news, favoriser une pensée critique et rationnelle. Créer d’indispensables liens entre sciences, techniques et société à une époque de crises multiples et conjuguées (changements climatiques, risques sanitaires, conflits géopolitiques…) et remplie d’incertitudes (cybercriminalité, montée en puissance des discours populistes et nationalistes, succès des théories complotistes et de l’anti-science… ). Donner, enfin, le goût de la science aux plus jeunes, développer leur curiosité et susciter des vocations.
« Un vaste défi ! », admet volontiers Laura Matthys, à l’initiative de ce hackathon et cette journée d’échange menée par IHECS Academy et Vulgaire Lab. Bioingénieure, comédienne et médiatrice scientifique, elle travaille depuis une dizaine d’années dans le secteur de l’animation scientifique et de l’éducation via différentes structures (Asbl Vulgaire Lab, CodeNplay…), mais aussi via sa chaîne YouTube « Le Lab de Lo » qui traite de biologie, d’agriculture et d’alimentation durable, et s’empare de tous les canaux possibles (vidéo, jeu de rôle, stand up, expositions interactives…) pour réaliser un nécessaire travail de “passeuse”.
Retrouvez cette journée ici avec des interviews des intervenant.e.s, des participant.e.s et des expert.e.s de la vulgarisation.

« Nous sommes entrés dans l’ère du soupçon, de la post-vérité et du mensonge et notre travail consiste à retisser la confiance, remettre ces enjeux importants à la portée du plus grand nombre et déconstruire les clichés selon lesquels la science est élitiste, trop complexe, inaccessible aux non avertis. Pour cela, il faut évidemment de la méthode, une stratégie, un objectif clair, mais aussi des outils concrets, testés sur le terrain, et directement mobilisables par celles et ceux qui n’ont pas le temps de devenir des spécialistes de la communication »
Laura Matthys, médiatrice scientifique, Vulgaire Lab
Un avis que partage Aline Wilmet, médiatrice scientifique attachée au Confluent des Savoirs. Cette cellule de vulgarisation et de diffusion de la recherche créée à l’UNamur vise également la diversité des pratiques (conférences, cafés scientifiques, initiative « Ma thèse en 180 secondes », Printemps des sciences…) pour mettre en valeur l’immense richesse de l’Alma Malter namuroise : « L’Université produit une quantité de savoirs et de connaissances phénoménales. Les chercheurs et les chercheuses sont des sources d’information de première main, mais il faut pouvoir les sortir de leur « tour d’ivoire ». Les former à la médiation, les amener vers des formats nouveaux, les convaincre que ce travail peut être une grande source de plaisir et de satisfaction. Vulgariser sa recherche, ça permet de prendre du recul, de sortir un moment de sa bulle et de son isolement, mais aussi de rendre à la société une partie de l’investissement public qui est alloué à leurs travaux », constate t-elle.
Les deux médiatrices s’accordent sur un même constat : « Souvent, les experts nous disent : « c’est trop pointu », « ça ne va intéresser personne », « je n’ai rien de concret à montrer », « j’ai peur de trop simplifier »… En réalité, il n’y a jamais de mauvais sujet ou de sujet inaccessible. Il faut trouver l’angle, le bon ton, l’accroche pertinente. C’est intellectuellement passionnant ». Néanmoins, Anne Wilmet nuance : « Les usages évoluent très vite. Un format numérique chasse l’autre. Il faut pouvoir gérer en interne et faire des choix, car on ne peut malheureusement pas être sur tous les fronts ».
Géraldine Tran, rédactrice en chef du magazine bimestriel de vulgarisation scientifique Athena confirme cette approche. Avec ses 23 000 abonnés, ce média édité par le Service Public de Wallonie traite de sujets variés (mathématique, agriculture 4.0, pharmacologie spatiale, école inclusive, d’IA…), mais sa rédaction doit faire des choix, elle aussi : « Nous avons une version papier du magazine, un PDF téléchargeable et une application. On aimerait évidemment diversifier les canaux, occuper davantage les réseaux sociaux, mais il faut composer avec des moyens limités pour continuer à produire un média de qualité qui en valeur l’immense patrimoine scientifique en Wallonie ».
« Vulgariser sa recherche, ça permet de prendre du recul, de sortir un moment de sa bulle et de son isolement, mais aussi de rendre service à la société »
Aline Wilmet, Confluent des savoirs, UNamur

Quel que soit le canal qu’ils empruntent (les réseaux sociaux, la vidéo, le podcast…), ces professionnels de la communication et des médias doivent travailler avec méthode et honnêteté : viser la clarté et la précision, éviter une sur-simplification des propos, ne pas dénaturer ceux-ci ou les rendre trompeurs, se faire comprendre du public visé… « Notre mission, c’est de transformer la complexité en clarté », comme le rappelleront plusieurs participants d’IHECS Academy.
Toutefois, les objectifs de cette médiation scientifique sont aussi très variés, comme le rappelle Laura Matthys : « On peut chercher à capter l’attention, à susciter un intérêt nouveau pour ces matières, à créer un certain désir d’apprendre, à amener le grand public à passer à l’action. En fonction de l’objectif poursuivi, il faudra, à chaque fois, développer des outils de vulgarisation adaptés, cohérents, susceptibles d’être vraiment impactant ».
L’approche sera tantôt rationnelle et maîtrisée, tantôt ludique et légère.
En laissant place aux émotions pour toucher sa cible, comme le relève Guillaume Caulier, biologiste à l’UMons, attaché au Laboratoire de Biologie des Organismes Marins et Biomimétisme (Bomb), il reçoit en 2021 le prix « coup de cœur » du concours Trophées Matière grise (RTBF) pour ses travaux réalisés autour de l’holothurie, le concombre de mer : « Susciter l’émerveillement face au miracle de la nature est selon moi la meilleure manière de la protéger », constate le chercheur.
Le concours Trophées Matière Grise est issu de l’emission Matière Grise créé par Patrice Golberg, intervenant du Hackathon et formateur en Vulgarisation Scientifique, il y a vingt ans. Le concours, soutenu également par Innoviris, permet de mettre en lumière des chercheurs et chercheuses scientifiques qui excellent en vulgarisation, en mettant l’accent sur l’accessibilité de leur projet scientifique. Une belle occasion de valoriser la recherche scientifique belge et encourager sa transmission au grand public.
«Eveiller, émerveiller, susciter de l’enthousiasme… Autant de moyens pour développer le goût des sciences, au service d’un monde plus soutenable et durable, mais sans transiger sur la rigueur», comme le souligne Arnaud Etienne, co-fondateur de Pluginfo.be, une plateforme belge d’information dédiée aux équipements de production électrique Plug and Play (également appelés systèmes Plug-in ou équipements enfichables). Entouré d’un réseau d’experts, cet ingénieur de formation éclaire le grand public sur les enjeux technico-réglementaires. « Il faut trouver un bon compromis entre informer et donner des conseils pertinents et utiles, en ayant bien en tête que nous avons une responsabilité en termes de sécurité vis-à-vis des consommateurs. Car le Plug-in est un système novateur et on ne peut pas prendre de risques non maîtrisés, d’où l’importance d’une bonne communication ».
Informer, conscientiser et développer une pensée critique, c’est aussi l’une des ambitions d’Aude Hendrick, historienne, conservatrice du musée des égouts à Bruxelles, et de sa collègue Vinciane Godfrin, responsable communication, en prenant des chemins parfois originaux, voire inattendus. Ainsi, en 2023, leur institution scientifique a mis sur pied l’exposition Rattus entièrement consacrée au… rat.
« Présent dans les égouts, les parcs, les caves et les jardins, ce rongeur suscite la phobie, la fascination, la curiosité ou encore le dégout. Il nous laisse rarement indifférent. Comme d’autres animaux de la faune urbaine, il est qualifié de nuisible ou d’indésirable, mais on sait finalement peu de choses sur lui, expliquent-elles. Nous avons donc décidé de monter une expo visant à rendre public de nombreux faits scientifiques accumulés, dénoncer les fake news et déconstruire les stéréotypes autour de cet animal mal connu. C’était aussi l’occasion de traiter d’enjeux passionnants autour des techniques de capture et de lutte de plus en plus sophistiquées mais dont l’éthique est souvent douteuse, ou encore de la coexistence entre l’homme et l’animal ».
Pour ce faire, le musée bruxellois a exploité différents canaux dans et autour de l’exposition: jeux interactifs, vidéos, animations, workshop créatifs, performances d’artistes…. « Nous avons également collaboré avec la chaîne YouTube La Minute Sauvage qui réalise des mini-documentaires sur la faune sauvage. Ce qui nous a permis de toucher un autre public avec un format original », se félicite Vinciane Godfrin. Par ailleurs, l’expo a eu la chance de bénéficier d’une attention médiatique inédite : la visite, dans les égouts, d’un personnage mondialement célèbre, l’homme d’affaires étasunien Bill Gates et ses millions de followers sur les plateformes…

« Les jeunes décrochent de la politique, ils ne comprennent plus rien. Nous, on veut leur donner envie, les motiver à aller voter. On veille, évidemment, à diffuser une information sûre en prenant la peine de toujours bien expliquer le contexte et de donner un maximum de codes pour comprendre tous les enjeux »
JM, newsinfluenceur chez Yurbise
La médiation scientifique ne s’arrête évidemment pas aux portes des laboratoires et des sciences dites « dures ». Elle s’invite à tous les niveaux et d’ailleurs plus que jamais dans les sciences humaines, avec des approches également novatrices.
Sarah Tayeb, juriste de formation et conseillère de première ligne pendant plusieurs années, s’est reconvertie comme « vulgarisatrice juridique ». Après une formation à IHECS Academy et sur base de ses différentes expériences de terrain, elle a développé des outils à destination des professionnels du non-marchand (travailleurs des CPAS et de l’associatif, enseignants, personnel soignant…). La fondatrice de Jurigraphie travaille à la fois sur la forme des contenus (création de check list, d’infographies, de vademecum, de supports interactifs animés) et sur le fond. « Je joue un rôle de traductrice de contenus. Il s’agit de transformer des contenus juridiques denses et complexes en outils clairs, concrets et pratiques. Si, par exemple, on parle de secret professionnel, il faut apporter à l’usager une réponse efficace, sur mesure, agréable à comprendre ».
Dans un autre registre, tout aussi inspirant, plusieurs initiatives en ligne visent à rapprocher les jeunes de la politique. C’est le cas de Yurbise et d’Asckipe, deux « newsinfluenceurs » d’un genre nouveau qui s’expriment via les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, Facebook) et partagent leur expérience lors de ce Hackathon.
Fondée par Jérémie Nzita Mambu, le média Yurbise propose une revue de l’actualité politique belge, des analyses de discours et des contenus historiques. Il touche désormais une large communauté sur Instagram (41.7k) et Facebook (15k). Un succès qu’il doit, aussi, à un post qui a fait particulièrement parler de lui en juillet dernier : le président du MR, Georges-Louis Bouchez, avait alors mis en demeure le média pour l’obliger à retirer un lien vers un article du Vif le mettant en cause dans l’affaire dite des « cartes PMR ».
« Nous sommes un média indépendant, entièrement produit par des bénévoles, qui ont tous la même passion pour la politique», résume JM et Clémentine Goovaerts, créateurs de contenus et représentants du média. « Aujourd’hui, le constat est clair : les jeunes décrochent de la politique, ils ne comprennent plus rien. Nous, on veut leur donner envie, les motiver à aller voter. Avec Yurbise, on veille à diffuser évidemment une information sûre, en prenant la peine de toujours bien expliquer le contexte et de leur donner un maximum de codes pour comprendre tous les enjeux ».
De son côté, le « newsinfluenceur » Asckipe et ses 36.4k abonnés sur Insta est en recherche permanente pour être lui aussi un “passeur” efficace : « J’ai choisi de jouer le jeu des réseaux sociaux. D’incarner, voire de personnifier un maximum de mes contenus pour accrocher le public. Quand je m’adresse à ma communauté, je le fais comme si je parlais à mes potes avec un vocabulaire simple et accessible. Et je renvoie au maximum vers des médias de référence qui sont fiables ».
Etudiantes en master en communication culturelle et sociale (MaCCS) à l’IHECS, Bénita et Elie soulignent l’importance d’une telle démarche : « La démocratisation de la culture est un enjeu essentiel, particulièrement à notre époque. Celle-ci passe d’abord et avant tout par l’accès aux savoirs. Pour atteindre cet objectif, les professionnels ont besoin d’outils qui permettent de toucher des publics fragilisés, précaires, moins favorisés socio-culturellement. Grâce à la vidéo courte, au son, à l’image, on peut aussi réduire ce fossé entre ceux et celles qui détiennent la connaissance et ceux et celles qui vivent en marge ».
« La recherche participative contribue à nourrir la confiance envers les savoirs. Elle amène les citoyens à mieux comprendre les processus de la recherche en y participant directement. »
Marius Gilbert, épidémiologiste, vice-recteur à la recherche et à la médiation scientifique (ULB)

Aujourd’hui, la science et les technologies sont omniprésentes dans la société. Elles sont plus que jamais au cœur des grandes urgences (ruptures climatiques, érosion de la biodiversité, révolutions technologiques liées à l’IA, conflits armés…). Elles irriguent le monde économique, via la recherche & développement, mais aussi la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Et, pour les décideurs, elles constituent des leviers essentiels, avec des enjeux en termes d’éthique, de gouvernance, de partage des savoirs, là aussi.
« La société s’appuie sur trois grands piliers pour gérer les problèmes collectifs : la gouvernance, la citoyenneté ou les parties prenantes et le monde des savoirs et de l’expertise. Or, quand la confiance est rompue entre ces piliers, la société est paralysée, voire déraille », rappelle Marius Gilbert, épidémiologiste, vice-recteur à la recherche et à la médiation scientifique (ULB). « C’est ce qui se profile avec le complotisme et le populisme, ou la défiance du pouvoir envers le monde scientifique que l’on constate aux États-Unis. Les universités, productrices de savoirs, doivent renforcer cette confiance avec les citoyens. Pour cela, elles doivent dialoguer et partager leur démarche, leur expertise, les résultats de leurs recherches. La médiation scientifique est aujourd’hui devenue un enjeu démocratique ».
L’une des pistes pour recréer du lien, c’est la science dite “participative” ou “collaborative”: « Elle amène les citoyens à mieux comprendre les processus de la recherche en y participant directement. Elle va donc plus loin que la simple diffusion des connaissances ; elle contribue à construire une relation bilatérale entre l’Université et la Cité », défend le professeur de l’ULB dans son interview.
C’est, par exemple, le projet Humus initié par l’Institut De Duve, à l’UCLouvain, spécialisé dans la recherche biomédicale multidisciplinaire. « Avec Humus, nous visons la récolte de 10 000 échantillons de sol en Belgique grâce à l’engagement volontaire de citoyens. Au départ de ce corpus, nous allons rechercher les potentiels antibiotiques de demain», explique Chloé Petre, assistante de recherche. «Avec ce projet collaboratif, on sort clairement du schéma de la recherche confinée en laboratoire. Il permet d’associer des acteurs non-scientifiques qui vont collecter des données et participer ainsi à une mission d’intérêt général ».
Pour susciter la participation citoyenne, la chercheuse a donc développé des outils de communication sur mesure : « Grâce à ma formation à IHECS Academy, j’ai pu imaginer une stratégie à 180° et des supports pertinents. Avec l’appui d’une stagiaire, nous avons créé une page Instagram dédiée et nous travaillons sur des formats courts pour recruter des volontaires ».
Au délà des citoyens c’est aussi la classe politique qu’il faut souvent convaincre, vulgariser les contenus pour nourrir les décisions est devenu un autre enjeu de taille.
« Nous produisons beaucoup de recherches, mais celles-ci sont longtemps restées au fond des tiroirs », déplore de son côté Bernard Renard, docteur en criminologie, juriste et chercheur à l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC) depuis 27 ans. « Comment valoriser ces travaux de qualité et toucher notre public-cible, les décideurs ? Comment combiner le temps long de la recherche et le temps court du politique ? Quel storytelling déployer ? Avec quelle stratégie ? Ces questions nous mobilisent depuis quelques années et fort heureusement, ça bouge. Désormais, nous avons une approche de valorisation plus claire, avec un soutien du SPP Politique Scientifique (Belspo) qui nous soutient dans cette approche ».
Diana Borniotto est économiste, chercheuse dans la transition alimentaire au sein de l’équipe de recherches Sytra, à l’UCLouvain. Elle travaille sur la gouvernance et les mesures agro-environnementales dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC) : « Que faire quand notre public cible ne veut pas nous entendre ? Que nos propos ne sont pas très populaires ou audibles aux oreilles des politiques et des administrations. Ce n’est pas simple de faire bouger les lignes et les mentalités ». Faire bouger les lignes, un défi pour la médiation scientifique, qui doit continuer à parler au cœur et à l’esprit en déployant des efforts nouveaux à l’ère du zapping, du scroll et de l’infobésité. En redoublant de créativité pour capter l’attention, distiller des contenus ramassés et transformer cette fameuse complexité en clarté.
Cette journée du 30 septembre l’a donc montré avec force : la médiation scientifique ne manque ni d’idées, ni d’énergie, ni de talents. Elle manque surtout de temps, de cadres partagés et d’outils adaptés aux réalités actuelles du travail scientifique, associatif et institutionnel.
Face à ces constats, l’enjeu n’est plus seulement d’innover ponctuellement, mais de structurer des espaces de formation, d’expérimentation et de rencontre entre celles et ceux qui produisent les savoirs et celles et ceux qui les rendent accessibles. Mettre en lien les professionnels de la communication avec les universités, les centres de recherche, les musées ou les associations apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour répondre aux défis démocratiques, sociaux et environnementaux contemporains.
À travers des formats agiles, des hackathons, des formations et le développement d’outils pratiques, IHECS Academy et Vulgaire Lab entendent poursuivre cette dynamique : accompagner les acteurs de terrain, renforcer leurs compétences en vulgarisation et contribuer à une médiation scientifique plus juste, plus inclusive et plus impactante. Une démarche collective, appelée à se prolonger bien au-delà d’une journée.
Hugues Dorzée
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